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Let me tell you a short story

vendredi 10 janvier 2014, par Gueuyou Mesmer

Un vibrant hommage à un contemporain, ancien professeur d’anglais au Collège Sainte Jeanne d’Arc.

S’il y’a un enseignant du Collège Sainte Jeanne d’Arc qui m’a le plus marqué ainsi qu’à de nombreux d’entre nous, c’est bien Mister NJI ZORRO. Je n’ai jamais eu l’occasion de lui dire simplement « Merci », alors qu’à la fin des années 90, je l’ai reçu à diner à Paris. Je me rappelle d’ailleurs qu’il s’était agi d’un bœuf bourguignon avec du riz cambodgien. Depuis 1999, je n’ai pas eu la possibilité de le revoir et pourtant il est toujours présent dans nos conversations d’anciens de JD.

nkongsambaM. NJI ZORRO est un géant. Non seulement par la taille mais surtout par son talent de pédagogue. A côté de lui, nous étions des nains, tout comme ses collègues enseignants. Ce n’est pas pour rien qu’il occupait le poste de stoppeur et de libéro à la fois quand les élèves rencontraient les enseignants le jeudi après-midi sur le stade cabossé de football derrière le petit collège. Il trônait alors sur ses acolytes et ne laissait passer aucun ballon. S’il arrivait que le ballon passe, c’est le freluquet attaquant de la sélection des premières ou terminales qui buttait sur l’immense défenseur. Je me souviens justement d’un match mémorable en 1988 entre les enseignants et les premières. Paul Kemedjo torturait les défenses adverses, bien servi par Ngandé, alors que Mister NJI donnait des consignes de marquage à ses partenaires. Je l’entends encore crier « Nzongne, tête », alors que le ballon était pratiquement au ras du sol. Le malheureux Nzongne ne savait plus où donner de la tête et des pieds, tellement il subissait lui aussi la pression de son capitaine. Le talent de pédagogue de Mister NJI est aujourd’hui encore reconnu même par ceux qui ne l’ont pas « subi ». Loin des postures laxistes des enseignants qui préfèrent éviter les conflits avec les jeunes, le professeur d’anglais n’hésitait pas à terroriser les petits hommes que nous étions. « Childreen, you must cramp and recite », aimait-il à dire pour nous faire bûcher par cœur les œuvres de la langue de Shakespeare au programme. Le premier livre que nous devions apprendre à réciter était « Kwabena and the Leopard » de Geraldine Kaye, paru en 1966 à Londres chez Oxford University Press. A tour de rôle, chaque élève de 3e A et B devait se placer devant ses camarades et réciter : Charpter One : Bad News for Kwabena It was a hut dusty afternoon. Kwabena sat at his desk and stared out of the window over the playground…. Je n’ai jamais pu aller au-delà du premier paragraphe alors que mon ami Laurent Hervé (Menka Wèle, souvenez-vous dans l’anecdote précédente), avait déclamé pratiquement tout le bouquin. Nous n’avions pas fini d’absorber l’histoire de Kwabena et son Léopard qu’il fallait réciter un autre ouvrage, « The River that changed its course ». Si je ne me souviens pas de son auteur, je me rappelle clairement des premières phrases du livre, puisque je ne pouvais pas aller au-delà du premier paragraphe : « As usual, the donkeys were gazing with thier nose to the wind. Spread out behind them, were the cattle and the great smell of thier bodies were carrying far across the plain…. Il était clair que la réputation du grand professeur le précédait. En classe de 4è déjà, on se demandait à quelle sauce on allait être mangé puisqu’on ne pouvait lui échapper. Ce n’était pas tout. Chaque enseignant étant titulaire d’une classe, celle de M. NJI était la 2e C, la première classe du bâtiment des « grands ». Durant toute l’année de 3è, il nous rappelait sans cesse que « qui n’a pas la moyenne en ma matière ne voit pas les quatre murs de la seconde, encore moins la 2e C ».

A côté de cet aspect plutôt terrorisant de l’art d’enseigner, notre professeur nous faisait profiter de son immense expérience de la vie, de ses voyages, de ses rencontres. Ainsi, en plein milieu du décorticage de la trouille de Kwabena face au félin, il lançait penaud « Childreen, let me tell you a short story about… » C’est ainsi qu’il nous contait avoir lutté contre le Noun, fleuve mystérieux de sa région natale, l’histoire de « Kwefon et de kaeleu’eu », des us et coutumes anglaises pour s’être rendu en Grande Bretagne. Cet aspect ludique de son enseignement était d’autant plus appréciable que le cours commençait systématiquement par la récitation. A l’époque déjà, pour nous faciliter la compréhension de la langue, il avait publié un polycopié intitulé « Aid to leaners of English language ». Il fallait biensûr l’acquérir non seulement pour s’assurer ses faveurs mais pour montrer notre détermination à maîtriser son cours. En novembre 1985, à l’issue du premier devoir sur table, toute la 3e A a connu un naufrage collectif en termes de notes. On aurait cru que le devoir était noté sur 5 alors qu’il était bien sur 20. Certains intitulés des questions étaient tout simplement incompréhensibles pour nous. Parfois, il fallait « Quot and unquot » ou encore « support your answer with apt quotation ». Je me rappelle aussi d’une question qui m’a particulièrement compliqué la tâche : « why did the Leopard not kill Kwabena ? Quant à la réponse connue en effet après correction, « in asmuch as human beings are afraid of wild beast, wild beast are also afraid of human beings ». Seule la brillante Solange Kammo et moi avions eu une note supérieure à 10. Dès cet instant, j’ai été coopté comme son secrétaire. J’étais celui qui collectait les ventes du polycopié, ramenait les copies à son domicile au quartier 3 et autre courses, jusqu’à ce que je me rebelle.

« Childreen, Mesmer s’est grandi ». j’ai par cette sortie saillante été publiquement interpellé pour avoir osé contrarier l’autorité du prof. La sanction ne s’est pas fait attendre. Plus question pour moi de conduire les classes de lecture ou de distribuer les copies de mes camarades après les corrections que j’effectuais jadis notamment des premières parties des épreuves, lesquelles ne nécessitaient que des réponses simples comme yes ou no. Pour avoir choisi la 2e A, j’ai échappé à son emprise, même si nous nous sommes croisés quelques semestres après au « Club English » présidé par Doudou Belembete dont j’avais soutenu la candidature, ou encore à l’issue des voyages organisés notamment à Limbé, dans la famille de Marsie Mpaffé Njankou, avec comme chauffeur le coopérant Christophe Potel, actuel curé de la paroisse de Rouen qui nous accueille pour le débarquement dans la ville de Jeanne d’Arc.

Quand j’ai retrouvé mon prof à Paris, il préparait un troisième cycle d’anglais. A son retour au Cameroun d’après certains compères de notre collège, il aurait enseigné à l’Université parce qu’il a toujours eu cette passion de l’enseignement. Si les élèves de JD avaient la réputation d’être plutôt bons en anglais, ce n’est pas simplement par l’instauration en 2e du « Further English », l’anglais renforcé, mais c’est surtout par le charisme de Mister NJI, ses méthodes spectaculaires bien que parfois tyranniques d’enseignement et aussi sa passion pour la langue de Sheakespeare qu’il manipulait à loisir. Il m’a d’ailleurs convaincu de jouer dans une pièce de théâtre devant tout le Collège, pièce qu’il a appelé « Farmer, farmer, would you marry me » avec Essouma et Marsi dans les rôles principaux et moi dans celui d’un pilote qui voulait épouser la fille du roi. Celle-ci m’a barré, tout comme le Ministre des finances de la fantoche république imaginaire de la pièce, pour s’amouracher d’un simple fermier qui n’avait ni veste, cravate, chaussures, chapeau pour épouser la princesse. Encore une fois, Essouma a gagné le gros lot. Il a été doté par la princesse qui lui a fourni le nécessaire au mariage. L’exégèse de la pièce était le suivant : The Princess : Farmer, farmer, would you marry me now The Farmer : No, No, No. But how can I marry such a beautiful girl, when I have no coat (then hat, shoes, tie) to wear. The Public : She ran ran ran to the shop shop shop, to buy a coat (then a hat, shoes and a tie) for him. L’histoire ne dit pas s’ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.

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